Stage ouvrier en chaîne de montage - Témoignage de René RENON

Le 14/11/2019

Stage ouvrier en chaîne de montage - Témoignage de René RENON

Dans les années 1970, le service Ingénieurs et Cadres (Service 0717) de la Direction Centrale du Personnel et des Relations Sociales (DCPRS) avait institué un stage que tout nouvel embauché devait suivre avant de rejoindre son secteur d’affectation. Ce stage d’une durée de 4 semaines était obligatoire et s’intégrait dans le processus d’accueil.

 

Dénommé « stage ouvrier » il avait pour but de faire connaître l’usine au nouvel embauché en lui offrant l’occasion (parfois unique pour lui) de s’immerger dans les ateliers, les chaînes de montage,… qu’il ne retrouverait plus tard qu’à travers de plans, de chiffres,…Ce stage était divisé en deux parties : 3 semaines en situation réelle d’ouvrier (Agent de Production ) suivies d’ une semaine en doublure avec un régleur ou un chef d’équipe.

L’usine de Billancourt (l’ U.B.), par sa proximité géographique avec les principales Directions Centrales (du Personnel, des Finances, Commerciale, des Méthodes…) ainsi qu’avec la Direction de la Recherche sise à Rueil, accueillait bon nombre de ces stagiaires avant qu’ils n’aillent occuper le poste pour lequel ils avaient été recrutés.

Bien que de courte durée, ce stage permettait à ses participants de vivre de manière effective ce que nous appelions « le travail à la chaîne », en abordant directement les situations sur le terrain, à savoir :

 

L’ambiance de travail:

- Les odeurs d’huiles, de graisses, de colles, de solvants,…

- Les bruits des visseuses pneumatiques, des presses d’emboutissages, …qui obligeaient à parler plus fort pour être entendu, provocant souvent, dans les premiers jours, une irritation de la gorge,

- Les agressions diverses telles des gerbes d’étincelles dans les ateliers de soudure par exemple,

- La promiscuité avec les autres sur les chaînes, le ballet incessant des engins de manutentions dont il fallait se méfier lors des déplacements…sans oublier les transbordeurs ou autres engins de ce type,

- Les ruées d’individus vers les vestiaires à la fin de la journée de travail ou vers les cantines au moment du repas (le temps était limité : 40 mn d’arrêt pour le repas principal ),

- La chaleur sous les verrières en plein été ou le froid en hiver au démarrage de l’équipe à 6h 35, cela malgré la vigilance des services compétents à qui la météo jouait parfois des tours,

- Les distributions quotidiennes de tracts syndicaux à l’embauche et/ou à la sortie du travail,…

 

Les conditions de travail :

- Le travail en équipe 2x8 : une semaine le matin avec un démarrage de la journée à 6h 35 en alternance avec une semaine l’après-midi avec une fin de journée vers 23h.

- La ponctualité impérative: le travail à la chaîne imposait que chacun soit à son poste au moment ou la chaîne démarrait (aucun retardataire n’était possible ),

- La monotonie découlant de la répétition des mêmes gestes tout au long de la journée au bord de la chaîne qui avançait continuellement.

- Le port des différents vêtements et moyens de protection : bleu de travail, gants, lunettes, les incontournables chaussures de sécurité, le casque anti-bruit, etc.

- La pénibilité plus ou moins importante des opérations qui engendrait des nuits ou « On dormait bien »… surtout au début du stage !

 

Le poste de travail :

Il fallait un réel entraînement et une grande attention pour tenir la cadence imposée par la chaîne avec des gestes devenus quasi automatiques. Ces gestes répétitifs étaient à exécuter sans faille sous peine de mal réaliser l’opération et/ou de ne pas tenir la cadence : Il ne fallait pas « couler » (*)… c’était très mal vu par les collègues en aval.

La dextérité avec laquelle les AP (Agent de Production) effectuaient leurs opérations n’était pas si facile à acquérir et l’aisance (apparente) avec laquelle ils travaillaient était trompeuse…

 

 TOUS les stagiaires ont gardé d’excellents souvenirs, tels que les moments partagés à la pause ( avec un casse-croûte et une boisson « ADIBU »), à la cantine, aux vestiaires ou le temps comptait car il fallait faire vite, soit pour aller tenir son poste de travail…soit pour ne pas rater le dernier métro qui permettait de rentrer chez soi après une journée ou généralement la fatigue l’emportait.

Ils ont particulièrement apprécié l’accueil qui leur a été réservé par la hiérarchie ou par leurs collègues A.P. (ces derniers étaient en majorité originaires du Maghreb, de l’Afrique Noire, de la péninsule Ibérique qui, de fait, avec beaucoup de compréhension et de sympathie encourageaient ces « stagiaires » venus partager leur quotidien dans une ambiance empreinte de respect mutuel.

Quelques nouvel (les) embauchées venaient aussi courageusement effectuer ce stage, au milieu de tous ces hommes (collègues A.P. et encadrement) …et tout se déroulait très bien.

(*) couler: consiste à terminer son opération sur l’espace (temps et aire de travail) de l’opérateur suivant, ce qui engendrait une désorganisation en cascade du travail.

                                                                                                          R. Renon

 

 


Stage ouvrier en chaîne de montage - Témoignage de René RENON

 René lors d'une rencontre AMETIS à Billancourt

Rédigé par : LISSILLOUR Etienne
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